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LE TOPEUR SAIT DIRE PLEIN D'AUTRES TRUCS QUE "TOP"


Quand on vous dit que les machines à remonter le temps n’existent pas, ne croyez pas le « on ». Vous savez toutes et tous ce qu’on en dit.

C’est déjà le numéro 5 de Coin Talk et j’avais envie de parler des topeurs, des show callers, des cue shitters… Ces professionnels de l’intercom, ces femmes et ces hommes de l’ombre qui pilotent tous nos événements.

J’appelle Guillaume Faure avec qui j’ai travaillé il y a quelques temps. Ça fait dix ans, me dit-il. Quelques temps ? L’euphémisme devient tout à coup lui-même un euphémisme. Quelques temps… Le temps passe si vite.

Nous nous donnons rendez-vous dans une brasserie. Il est au téléphone, il est occupé, il règle deux trois détails, me sourit pour me faire patienter, fait trois «mmmh» et raccroche. Il est débordé. Comme tout le monde, je lui dis. Il hoche la tête et me lâche que 20 % des intermittents du spectacle, des techniciens, des directeurs techniques, dont il est un représentant plutôt reconnu, des topeurs aussi, se sont évanouis dans la nature. Volatilisés.

Personne n’a pris la relève ?

Si. Mais comme dans toutes les corporations, la relève ne se fait pas en trois jours.

Tellement vrai et tellement d’actualité.

On parle de topage ?

Allez.

Il prend un Perrier et moi une bière.

Je démarre la conversation et nous tombons d’accord : entre le directeur de projet et le topeur, les relations doivent être cordiales, entre eux doit s’établir une certaine connivence. En tous les cas, le directeur de projet doit avoir une confiance totale. Parce que c’est un peu comme si vous donniez le volant d’une voiture de course lancée à toute vitesse à quelqu’un qui ne la connaît que depuis quelques minutes.

Pour avoir la confiance des directeurs de projet, un topeur doit avoir un stressogramme plat. Il doit respirer l’assurance et diffuser une aura de sérénité autour de lui.

Guillaume, la sérénité, c’est sa nature.

Mais il a topé des dizaines et des dizaines d’événements alors quand je lui demande quelles sont les qualités nécessaires à exercer le métier, il me dit, sans aucune hésitation, qu’il faut une capacité de concentration au-dessus de la moyenne (notre capacité de concentration, dit Top Santé, est de 90 minutes en moyenne. Mais la lassitude pointe souvent son nez au bout de 75). « Quand on passe 4 heures au casque, il faut avoir le contrôle de ses émotions et de son cerveau. Il faut pouvoir tenir la distance et tenir celle des autres. »

Le topeur doit également s’adapter à toutes les situations, résoudre les problèmes dans la seconde, dissoudre la pression en imposant gentiment des solutions à une régie toute entière. « Je suis un caméléon. Je peux parler à tous les techniciens comme je peux parler aux directrices ou directeurs de projet, à la production et surtout aux clients. »

Pour ma part, je pense qu’un topeur n’est pas seulement la fille ou le gars qui rédige les conduites et qui dit top. C’est un rassembleur, c’est le gentil organisateur qui ne déconne qu’une fois que les dernières personnes sont descendues de la scène. Un topeur doit faire preuve d’une certaine intelligence sociale, comprendre immédiatement son environnement. Sinon, ça peut partir en live et c’est vraiment le cas de le dire. Le topeur doit connaître le métier, comprendre de quelle manière une régie fonctionne et il a un avantage certain sur les autres : il est également directeur technique. Ça aide. Forcément.

Guillaume me fait plaisir quand je lui demande quels sont ses meilleurs souvenirs. Il en a plein, forcément. Mais celui qu’il me cite spontanément, c’est une opération que nous avons fait ensemble au théâtre Mogador. Avec Jérôme Anthony à l’autre bout de l’oreillette, qui a tenté, je m’en souviens encore, de le déstabiliser pendant une bonne partie de la plénière.

Le topage exige également la maîtrise des bases de la prise de parole sur scène, devant un public. Parfois, les intervenants, les orateurs n’ont pas de coach et les topeurs prennent la main lors des répétitions et du filage. Un ou deux conseils à tous ceux qui sont moins à l’aise que d’autres face à une salle plaine, une à deux astuces à des débutants sont toujours les bienvenus. Nous en sommes pas tous des orateurs exceptionnels. C’est un exercice difficile de s’exprimer en public.

J’ai terminé ma bière et Guillaume prend un café. Il bosse ce soir.

Je lui demande s’il aime toujours son métier.

Il me demande si je plaisante.

« Tu sais, moi, plus c’est gros et plus je prends mon pied ! »

Tout de suite je pense à une convention dans le grand amphi du Palais des Congrès ou à l’Arena de Paris La Défense. Mais je dois avoir l’esprit mal tourné. Non ?

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